Le Progrès égyptien (29/10) met Gilbert Sinoué à l’honneur

Sinoué : “J’ai le cerveau occidental et le cœur égyptien”
Vendredi , Octobre 29, 2010

 

«En Egypte, je vivais sur un bateau, celui que mon père avait racheté au roi Farouk, (..). C’est là que j’ai vu chanter Jacques Brel et que j’ai eu la certitude qu’un jour j’écrirais», raconte Gilbert Sinoué.

L’écrivain est né le 18 février 1947 en Egypte, du nom de Samir Gilbert Kassab. A l’âge de 18 ans, il quitte le pays et n’y revient plus qu’après une trentaine d’années, pour une courte visite, suivie de deux autres visites, une l’année dernière et celle d’avant. Le 23 octobre, Gilbert s’est rendu une fois de plus dans la capitale bouillonnante, pour s’entretenir librement avec ses lecteurs, que ça soit à propos de ses ouvrages, ses souvenirs ou des rencontres avec ses anciens collègues au Collège de la Sainte Famille. En effet la visite de l’écrivain a compris nombre de rencontres et de conférences qui se sont achevées hier jeudi 28 octobre par «Regards Croisés», un débat Sinoué-Aswany animé par Claude Guibal. 
Pour sa première rencontre, celle-ci a eu lieu à la librairie Oum Eddounia, située à rue Talaat Harb, centre-ville. 
Ce programme d’invitation de l’écrivain Gilbert Sinoué au Caire bénéficie du soutien du Centre national du Livre à Paris dans le cadre de l’aide à la valorisation des fonds en français. 
C’est aussi l’occasion de parler de son dernier succès : les deux volumes d’Inch’Allah, le premier, Le souffle du jasmin, paru en avril 2010 et Le cri des pierres, sorti le 15 septembre 2010. 
A travers la vie de quatre familles, “égyptienne, palestinienne, juive et irakienne”, Sinoué, retrace avec sa plume toute l’histoire du Moyen-Orient, vécue avec drame et passion, depuis les années 1920. 
Pourquoi ces deux derniers livres? Etait ainsi la première question que l’auteur s’est posée en commencant à parler. “Vivant en Occident il y a 40 ans je me suis aperçu que les Occidentaux ne comprenaient rien du tout de ce qui se passe en Orient. En leur posant des questions sur l’Egypte, ça s’arrête à Nefertiti et quand on parlait des Palestiniens, ils pensaient que les Palestiniens étaient venus après la création d’Israël”, répond-il. C’est pourquoi, selon lui, il s’est intéressé à écrire une histoire du Moyen Orient, qui commence a peu près de 1915 à 2001. 
Ce qui a vraiment déclenché cette idée, était les événements de Wall Street Center, à l’époque, poursuit le conférencier, tout le monde se demandait comment les auteurs de l’attaque l’ont-ils réalisée? 
Or, la question que se posait Sinoué est pourquoi ? 
“Dans la vie, je pars toujours du principe qu’un acte de violence a une explication derrière. Les personnes ont des réactions qui s’expliquent, mais qui se pardonnent pas”, dit-il. 
Donc ma réponse m’a conduit aux années 1915, après la guerre mondiale et le découpage de la région et les événements se sont suivis, un après l’autre. 
“Mes deux ouvrages sont une explication, qui est plutôt humanitaire qu’universitaire”, ajoute-t-il en indiquant que peut-être le livre n’était pas parfait  mais qui va compter dans ce qu’il a écrit lui même. 
En effet, l’auteur publia son premier roman en 1987, “Le pourpre et l’olivier”, et 20 autres romans se succèdent, dont  l’Egyptienne, Le livre de Saphir qui a obtenu le Prix des Libraires en 1996 avec des ventes qui touchent les 500 mille exemplaires, et Les Silences du Dieu, remporte le Grand prix de la littérature policière. En plus, ces ouvrages ont été traduits en 15 langues et “Des jours et des nuits “a été adapté pour la télévision. 
Le mot Inch’Allah, était-il dans le sens de la fatalité du Moyen-Orient ou de l’espérance pour la région? Une question posée par les journalistes. C’est dans les deux sens, fatalité de l’histoire, et l’espoir parce que évidemment, Inch’Allah veut dire si Dieu le veut. 
Une question posée par les journalistes, selon l’auteur, pourquoi ce fossé entre Orient et Occident existe? “C’est parce que c’est rare que le Moyen-Orient soit enseigné dans les programmes scolaires ou universitaires en Occident, c’est souvent l’antiquité. Donc l’information n’est pas claire, en plus les médias jettent des infos en imaginant que les gens connaisent le problème, or ces derniers ne connaissent pas”, répond-il. 
Autrement dit, l’erreur de l’Occident est de penser l’Orient en tant qu’une seule région, il n’existe pas un Orient, il existe des Orients, des différents pays et différentes langues. 
En répondant à une autre question, à propos des capacités de la littérature à rapprocher entre les peuples, différentes cultures et religions, l’auteur a indiqué qu’il croyait qu’à travers la littérature, on peut faire passer quelque chose qui lui semble très important: l’émotion. “Si on fait passer l’émotion, on fait passer l’information. Au début, vous prenez deux communautés qui se détestent, si vous tentez de leur expliquer à travers les statistiques, pourquoi, elles devront s’aimer, ceci n’arrivera pas, mais si on essaye de leur expliquer à travers une histoire, des images, ou à travers la peinture , ce qui  pourrait les rattacher, vous touchez ainsi leurs cœurs et donc il y a une chance que ces frontières, ce blocage tombent. Je pense qu’à travers la littérature, voire l’art, on arrive à ce que les gens se respectent et s’aiment”. 
Le titre de Bestseller, comment Sinoué l’apercevait-il? 
Selon lui, on vit dans un drôle de monde. Plus vous êtes dans la misère et moins vous vendez, plus vous êtes un génie. C’est vrai que dès que l’on vend le livre, on est mal vu. Personnellement, ce que je vois, c’est que le plus beau cadeau que peut recevoir tout écrivain est d’être lu, qu’il soit bestseller ou pas. Moi j’aimerais connaître le succès de Davinci Code, cela ne va absolument pas me gêner. Le but d’un écrivain est de toucher un maximun de gens. 
Abordant le thème de l’évolution culturelle et littéraire qu’a connue l’Egypte depuis les années 50 jusqu’à présent, l’auteur estime que le pays est plus riche qu’elle ne l’était dans les années 60. Je pense qu’en ce moment, il vient une réaction des écrivains égyptiens et des intellectuels en général plus intéressante qu’elle ne l’était dans les années 60.  Les écrivains égyptiens contemporains, jouent un rôle plus important. 
18 ans vécus en Egypte et plus de 30 ans ailleurs, d’abord le Liban puis en France, comment Sinoué se définit-il au bout du compte, égytien ou occidental? 
“ Tout simplement je dirais que j’ai le cerveau occidental et le coeur égyptien. La France est ma patrie, mais l’Egypte c’est ma terre”, dit-il. 
Du coup, qu’on est né quelque part, on peut pas se couper de ses racines. 
G.C
ghadachoucri@hotmail.com
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